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Buéa au cœur de la politique mémorielle

L’histoire n’aurait pas été la même si les anglais avaient eu le protectorat du Cameroun à la place des allemand en 1884. Le Cameroun aurait été un pays anglophone aiment à répéter les anciens du peuple Bakweri. L’empreinte coloniale allemande à Buéa évoque pour les peuples de Mont Cameroun des souvenirs historique mitigés. Partagés et transmis de génération en génération. La parenthèse coloniale allemande au Cameroun  et particulièrement à Buéa s’est construite au détriment des peuples du mont Cameroun qui ont été plus que d’autres populations camerounaises spoliées et marginalisées et maltraitées. A cette frustration initiale viendra s’ajouter la bataille identitaire linguistique entre le Cameroun francophone et anglophone. Le sentiment  de la perpétuation de l’échec dans la reconnaissance identitaire, se réveillant  à nouveau.  Reste alors  les valeurs culturelles ancestrales  unique pivot d’un ancrage dans le passé et le présent. La place et l’attention que la Président Paul Biya a accordé aux chefs traditionnels Bakweri lors de la célébration du Cinquantenaire  de la réunification, a permis de mettre en lumière une face cachée de notre histoire. La sobre fierté des dignes héritiers du royaume du mont Cameroun.

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Un lion est donc aussi venu à la rencontre de ceux dit de l’éléphant « wato wa njoku ». La fertilité légendaire des sols du volcan attire depuis des siècles une mosaïque de populations sur les flancs de la plus haute montagne de l’Afrique de l’ouest. Le mont Fako rendant la  cohabitation parfois difficile, dans un contexte de brassage culturel intense. Les  communautés paysannes profondément enracinées au site côtoient des familles récemment immigrées, des systèmes culturaux anciens touchent d’immenses plantations productivistes héritées du système colonial, les sociétés rurales font face aux réalités urbaines, les idées et les cultures s’entrecroisent sur un espace attrayant dont les ressources génèrent les convoitises depuis la lointaine épopée coloniale.

 

C’est dans ce creuset qui mélange le passé et le présent que le peuple de la montagne sacrée réinvente  continuellement son identité autour  du pouvoir tutélaire de la dynastie des Endeley et ses descendants. Sa majesté le Paramount Chief Samuel Moka Lifafa ENDELEY IV, Paramount Chief Bakweri de Buéa un centenaire vacillant et solide à la fois est assis sur le trône depuis 1991 son royaume est  Gbea gbea  qui veut dire « on a fait  beaucoup » nom que ces ancêtres donnèrent  à cette terre d’abondance adossée  au Mont Fako demeure  du dieu  « Manda ma loba ». Quand les allemands arrivèrent, ils changèrent le nom Gbéa gbéa en Buea  et ouvrirent une ère de tribulation  et de spoliations qui participera au changement du destin de notre nation.

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                                      Paramount Chief Samuel Moka Lifafa ENDELEY IV

 

Les conflits de mémoire sur le volcan et sa capitale chargée d’histoire ne sauraient se comprendre sans le soutien d’un éclairage sur l’histoire de la conquête allemande et de l’occupation britannique qui lui a succédée. Les grandes plantations industrielles de la CDC encore en activité de nos jours ne sont pas sans rappeler un passé traumatique qui a débuté réellement dans les dernières années du XIXe siècle, conduisant la région du Mont Cameroun à constituer, à la veille de la première guerre mondiale, la plus vaste zone de plantation de l’Afrique de l’Ouest. Comment l’intérêt colonial allemand s’est-il éveillé pour cette région, quels événements sont à l’origine de la complexité du système d’interaction mémoriel qui nous préoccupe. A trop souvent regarder les mêmes pages  d’une histoire aux  déterminants multiples on fini par oublier  les facteurs qui ont constitué sa genèse.

 

 Your Excellency,

Yesterday I succeded in buying whole Buea for you » C’est en ces termes que le 18 février 1887, le commerçant suédois Georg Valdau amorce une missive historique au gouverneur Julius von Soden, premier Gouverneur du Cameroun allemand (en poste du 26 mai 1885 au 14 février 1891). Le site de Buea et ses villages satellites viennent d’être achetés à leurs « rois » et « chefs » pour la somme de 25,13 £.

 

Cet épisode rocambolesque de l’histoire de la conquête du Mont Cameroun par les Allemands est à restituer dans le contexte global de la lutte acharnée qui se mène depuis la moitié du XIXe siècle entre Anglais, Allemands et Français sur la côte camerounaise avec comme point dominant  la démarche d’accaparement des terres de l’espace camerounais dans son ensemble, la prouesse apparente de Valdau, comme la plupart des achats qui va s’ensuivre, repose sur l’un des malentendus les plus tragiques ayant régi les rapports entre colons et populations autochtones de l’histoire du Mont Cameroun. C’est à partir des années 1880 et suite à une série d’accords entre subrécargues, officiels britanniques et chefs locaux, que le développement de l’activité commerciale s’intensifie sur la côte camerounaise. Ce n’est qu’en 1868 que la première firme allemande Woermann s’établit à Douala, suivie en 1875 par Jantzen und Thormählen. Ces deux investisseurs auront par la suite un rôle considérable sur la destinée des gens du Mont Cameroun. Les récits des voyageurs et des missionnaires contribuent considérablement à attirer l’attention de l’Empire allemand sur les richesses exceptionnelles de la région. La maîtrise que les autochtones développent sur ce système marchand est à l’origine de l’idée qui se répand dans les milieux européens qu’il y aurait avantage certain à contribuer directement à la production des biens d’importation, échappant ainsi à la mainmise des chefs autochtones. L’installation des premières firmes allemandes marque le début d’une course effrénée, dans la région du Mont Cameroun, entre Allemands et Anglais pour la conquête des terres nécessaires à la mise en place d’un système de plantation perçu comme rentable. Les Allemands entreprennent dans le début de l’année 1884 l’annexion de la ville de Victoria (actuelle Limbe) alors que les Anglais, par le biais de traités, tentent de conserver leur prééminence dans la région de Douala. Le jeu des traités, passés en toute hâte avec les chefs côtiers, basé sur les garanties fallacieuses de la protection des échanges commerciaux et de l’autonomie des chefs, laisse entrevoir l’existence de clauses alors inavouables, laissées dans l’ombre par les Européens afin de s’attacher rapidement les faveurs des nouveaux colonisés et asseoir leur domination. L’objectif des Anglais dans la course à l’annexion est de pénétrer le plus rapidement possible l’intérieur des terres afin de contourner la zone de Victoria et couper ainsi la route aux Allemands vers l’hinterland. Le 14 juillet 1884, Gustav Nachtigal annexe officiellement la zone littorale de Douala (incluant Bimbia aux pieds du Mont Cameroun) et hisse le drapeau allemand à Douala. Le lendemain, la Cour d’Equité mise en place par les Britanniques et régissant les échanges commerciaux et politiques entre Européens et Africains est abolie. ). Le consul Hewett, dépêché de Grande Bretagne en catastrophe, débarque sur la côte quelques jours seulement après l’annexion allemande, laissant échapper la dernière chance d’officialisation d’un protectorat anglais.



25/02/2014
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